Archives par mot-clé : Buenos Aires

Pour un air de Buenos Aires

Ville tentaculaire, cosmopolite et le coeur culturel et institutionnel de toute une nation, Buenos Aires a la splendeur passée d’une époque où l’Argentine comptait parmi les puissances les plus riches du monde.

La première localité Nuestra Señora de Santa Maria del Buen Ayrede est établie en 1536 à l’embouchure du Rio Plata par Pedro de Mendoza qui recherchait de l’or pour une aventure financée personnellement. Lors d’une précédente expédition en 1516, l’espagnol Juan Díaz de Solís avait découvert le delta, périple où il devait périr lors d’une attaque des indiens amérindiens.  Rapidement abandonnée après cinq années éprouvantes, c’est en 1586 que l’hispano amérindien Juan de Garay établit le long de l’estuaire une colonie permanente fortifiée. Buenos Aires sera la dernière métropole fondée en Amérique latine.

Cité la plus australe d’Amérique, pendant des siècles les conditions de vie des portègnes (habitants de la ville) seront difficiles, rien ne permettant de maintenir le style de vie européen. A l’écart des routes commerciales traditionnelles, le roi d’Espagne interdit en 1554 tout transit, par le Rio de la Plata, de produits européens et de métaux précieux provenant de Potosi et de Lima, privilégiant ainsi les ports de la côte Pacifique.  Anglais, Portugais et Français exploiteront le peu d’intérêt des espagnols pour ce fleuve. Buenos Aires, marginalisée,  vivra de la contrebande du cuir (obtenu par le massacre des bovins qui vivaient à l’état sauvage dans les prairies alentour), du saindoux et de l’argent extrait des mines du Nord. Ce seront les seules véritables ressources du pays  jusqu’au XVIIIe siècle.

Du statut de bourgade coloniale à celui de puissance régionale, Buenos Aires commence à le franchir en 1776 quand l’Espagne la choisit pour capitale de la nouvelle vice-royauté du Rio de la Plata. La classe marchande exprimera de plus en plus son désir d’autonomie et Le 25 mai 1810, Buenos Aires acquit son indépendance. Le jour de la Révolution de Mai est devenu une célébration nationale mais l’indépendance fut toutefois déclarée formellement en 1816.

Ville d’immigrant, l’activité économique dans les années 1880 se concentre sur la rive sud de la ville grâce à son port et ses industries de la viande. A la fin du XIXe siècle, Buenos Aires accroît sa puissance industrielle avec la construction de chemins de fer et au début du XXe siècle, les exportateurs de produits agricoles génèrent d’immense fortunes : les Portenos parvenus bâtissent de splendides maisons à la française. Buenos Aires devient une métropole multiculturelle rivalisant avec les plus grandes capitales européennes. Durant cette période seront construites les grandes avenues et les plus grands buildings d’Amérique du sud. Ville culturelle, le théâtre Colón sera l’un des opéras les plus fréquentés du monde et l’impressionnant café-théâtre inauguré en 1919, le Gran Splendide, appelé de nos jours El Alteneo,  verra Zorzal et Carlos Gardel chanter et enregistrer leurs premiers disques de tango. Aujourd’hui, temple du livre de l’audio et de la video, El Alteneo, sur l’Avenue Santa Fe, a quasiment conservé la physionomie d’origine pour offrir des dizaines de rangées de livres et des canapés, sur lesquels les visiteurs sont plongés dans leur lecture, sous les majestueuses moulures et l’impressionnante fresque au plafond. Librairie énigmatique, ou même mystérieuse, ce lieu plein de symboles, offre une véritable vision d’un mariage inattendu entre le moderne et l’ancien.

En 1910, la capitale, dénommée le « Petit Paris d’Amérique du sud » compte 1,3 millions d’habitants. Des constructions sont représentatives de Buenos Aires sinon des symboles :

la Plaza de Mayo, symbole de l’identité argentine, fait face à la maison rose, le palais présidentiel. Elle  accueille nombre des manifestations politiques et célébrations nationales qui rythment la vie des Argentins. Elle est tracée dès 1580 et aujourd’hui, la Plaza de Mayo est considérée comme la plus importante de toute l’Argentine. Elle doit son nom à la révolution de Mai de 1810 au cours de laquelle la ville de Buenos Aires a déclaré son indépendance, préludant ainsi à la Guerre d’indépendance de l’Argentine. En son centre s’élève la Pyramide de Mayo, un obélisque érigé en 1811 pour commémorer le premier anniversaire de l’indépendance.

Installée dans un jardin au cœur du quartier de La Recollera,  Floralis Genérica est une sculpture métallique en forme de fleur qui suit le soleil. Avec ses six pétales métalliques géants, le monument a une hauteur de 23 mètres pour un poids de 18 tonnes. La sculpture dispose d’une horloge qui contrôle l’ouverture et la fermeture de la fleur. Les pétales de La Floralis Genérica s’ouvrent le matin à 8 heures et se referment en fin de journée au coucher du soleil. Les horaires changent selon la saison.

Principale église catholique de Buenos Aires, la cathédrale métropolitaine de Buenos Aires est consacrée à Notre-Dame de Buenos Aires. De style néoclassique, elle ne possède pas de tours et ressemble plus à un temple grec qu’à une église catholique typique. Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, devenu pape sous le nom de François, en fut l’archevêque du 28 février 1998 au 13 mars 2013.

Situé dans la Recoleta, le quartier le plus huppé de Buenos Aires, le Cementerio de la Recoleta est le plus vieux de Buenos Aires et permet de mieux comprendre une époque considérée par certains Porteños comme l’âge d’or de leur ville. Ici reposent les hommes et les femmes qui ont fait la grande et la petite histoire du pays. Pour certains, Evita Perón n’y est pas enterrée car elle n’appartient pas à la classe des argentins dignes d’être ensevelis à la Recoleta. Elle repose pourtant bien ici, dans une tombe piégée, capable dit-on de résister à une frappe nucléaire.

Au cours du XXe siècle les militaires se seront fréquemment immiscés dans les affaires politiques de la ville et du pays et organiseront de nombreux coups d’état. Buenos Aires sera le berceau du péronisme et la Plaza de Mayo le lieu officiel des manifestations et des évènements politiques de la ville et du pays. Dans les années 1970, les affrontements entre les mouvements révolutionnaires (Monteros, ERP et FAR) et des groupes paramilitaires d’extrême droite (Alliance anticommuniste argentine – AAA) se termineront en 1976 par un coup d’état militaire qui ne fera qu’exacerber ces luttes. La sale guerre (guerra sucia en espagnol) fera entre 10 000 et 30 000 disparitions : les marches silencieuses des mères des disparus ( les Mères de la Plaza de Mayo) y resteront et y défileront jusqu’en 1983. La défaite de la guerre des Malouines fait perdre du prestige et de l’influence à la dictature militaire. Les élections libres du 30 octobre 1983 mettent fin à la dictature militaire et renouvellent l’ensemble des acteurs politiques.

Entre 1998 et 2002 Buenos Aires, comme toute l’Argentine, subit une grave crise économique : le chômage, les accès limités aux comptes bancaires… , multiplie les manifestations et le pillage, principalement en banlieue. Les classes ouvrières et moyennes sont principalement touchées et le paroxysme de la crise en décembre 2001 oblige le président argentin Fernando de la Rùa à décréter l’état de siège : mais comme son ministre  de l’économie quelques jours auparavant, il démissionnera le 20 décembre 2001. La crise persistera jusqu’au début de 2003 mais par la suite la santé économique restera précaire.

Elu en novembre 2015, Mauricio Macri succède à la présidence de l’Argentine face à Christina Kirchner. Soutenu par les secteurs libéraux de la société argentine, il était reproché à Christina Kirchner de museler la liberté commerciale et au-delà du projet politique de Mauricio Macri, les faiblesses du Gouvernement Kirchner en matière de sécurité et de lutte contre la corruption et le narcotrafic. A ce jour,  l’Argentine subit une nouvelle crise économique. En récession elle subit un cycle à haut risque de ré-endettement alors qu’elle était l’un des seuls pays au monde qui avait réussi à sortir de la dette.

Buenos Aires a été un des phares de l’Amérique latine. Quand on pense à elle, c’est le tango et la sensualité des couples enlacés : ce tango aux mélodies mélancoliques qui évoquent la tristesse et la dureté de la vie,  ses tangos qui proviennent des quartiers les plus pauvres du port et des bas-fonds. Comme son tango , Buenos Aires vaut bien plus qu’une danse.

   Mail : thevenet1@mac.com  Portable : 01 78 96 15 21

 

 

 

le quartier de La Boca, entre vérités et histoires arrangées.

Il faut dépoussiérer les clichés du barrio de La Boca à Buenos Aires

Il n’abrite pas de nombreux habitants originaires d’Italie. Il abritait plus spécialement des Génois (de Gênes en Italie). L’Italie existe seulement depuis 1861. Aujourd’hui La Boca abrite 45.000 habitants, 20 % de cette population est en effet étrangère mais bolivienne, paraguayenne et péruvienne. Quant aux 80 % argentins restant, l’énorme majorité est justement descendante de cette population des pays limitrophes et non plus d’Italie.

C’est au fond des conventillos de ce quartier pauvre qu’est né le tango, à la fin du 19e s.

Le tango est né sur les rives du Rio de la Plata, à savoir dans les villes et zones portuaires de la fin du XIXème siècle. Ce qui englobe donc « aussi » Buenos Aires, et plus spécialement les quartiers ouvriers ou portuaires de la ville comme « EL BAJO » (quartier de Retiro, du coté de ce qui est aujourd’hui la calle Reconquista), San Nicolas (vers Avenida Alem), Montserrat, La Boca, Barracas, Nueva Pompeya, Boedo, Almagro, Avellaneda, ainsi que San Telmo. Mais aussi les autres villes de Rosario, Campana, Zarate, San Nicolas ainsi que Montevideo. La Boca n’a donc aucune exclusivité sur le tango, ni même aucun autre quartier en particulier.

A la Boca les maisons étaient peintes par d’anciens pécheurs qui, pauvres, n’avaient pas les moyens d’acheter des pots et se contentaient d’en trouver de couleurs différentes ce qui explique le bariolage multi couleurs.

Il n’y a jamais eu de pécheurs à la Boca, mais tous étaient des ouvriers ou des dockers. Les premières maisons étaient en effet en tôles ou en bois mais pas peintes. La légende de la peinture apparait dès que les premiers touristes sont passés dans le quartier, on date cette époque à la moitié des années 50. A partir de 1960, le Caminito est peint pour les touristes de couleurs bariolées.

Le Caminito de la Boca un ancien chemin ou les artistes du quartier avaient l’habitude de se réunir pour présenter leurs œuvres.

Le Caminito est tout simplement le tracé d’une voie de chemin de fer qui aboutissait sur le quai (Aujourd’hui avenida Don Pedro de Mendoza). Il n’y a donc jamais eu ni chemin, ni route, ni rue à la place du Caminito. Tout juste un sentier sur les traverses entre les deux rails. Le projet d’ouvrir une nouvelle rue à son endroit date de 1954, et la rue fut ouverte en 1959. Elle fut de suite asphaltée. Les pavés aujourd’hui en place (tout comme les « anciens réverbères, bancs, et éléments urbains » datent des années 1990. Tout est donc kitch. Ce qui est vrai par contre, c’est que Benito Quinquela Martin un artiste habitant le quartier, monte une association au milieu des années 50 pour dégager l’ancienne voie ferrée encombrée d’immondices et la transformer en rue. C’est donc lui qui a rapidement demandée à la ville de la nommée « Caminito » en 1959 et aussi de pouvoir permettre aux artistes (ou pseudo) de venir pouvoir exposer leurs travaux sur le trottoir le dimanche. Il faut attendre les années 1990 pour que la municipalité la rende réellement piétonne.  Ainsi le nom de Caminito provient d’un tango « El Caminito » datant de 1926, écrit par Juan de Dios Filiberto qui s’est inspiré de ce lieu. Oui, il y a bien des peintres qui y exposent à partir des années 1960-1970, mais ne croyez pas que vous pouviez en voir en 1900 ou en 1930.

La Boca est un des plus vieux quartiers de Buenos Aires comme son port.

Le premier port se trouvait un peu plus en amont dans l’actuel quartier de Barracas (d’ou le nom : les baraques, qui servaient à entreposer les marchandises, cuirs, viandes salées et esclaves) et ceci durant l’époque coloniale espagnole, dès le début du XVIIIème siècle. A la même époque La Boca n’existe pas, puisque totalement pris dans des marécages. Il faut attendre un plan de 1888, pour voir enfin les rues tracées portant des noms. La Boca, est au contraire un quartier plutôt récent (130 à 140 ans) en comparaison avec ceux de Montserrat, Retiro, San Nicolas, Balvanera, ou même Belgrano, Flores qui étaient déjà des villages depuis presque 3 siècles. Les maisons autour du Caminito datent en majorité de 1880-1890. La même époque que l’Avenida de Mayo. Ce quartier est lié à l’explosion industrielle de la ville de Buenos Aires de la fin du XIXèeme siècle.

Le nom « Boca » dans les discussions passionnées, c’est aussi l’un des deux plus populaire club de football de Buenos Aires (le second est River Plate). Ce sport, en Argentine, est presque une religion, qui ne laisse personne indifférent. Les dimanches de match la vie s’arrête, et on n’entend plus dans les rues que les hurlements des supporters et le fameux « GOOOOAAAAL » des commentateurs qui peut durer plusieurs minutes ! Le stade de Boca Juniors, surnommé « la Bombonera » pour sa forme de boîte de bonbon, peut valoir le détour un jour de match pour observer la foule des supporters déchaînés, chantant et insultant l’adversaire mais hormis toute la prudence requise, il vous faudra un cours accéléré de lunfardo, l’argot local.

On peut se poser la question si visiter La Boca en vaut la peine quand un temps de séjour est limité. Pour ma part, j’y ai trouvé un véritable plaisir surtout lors de ma deuxième visite. Pour les fans du shopping, et si vous aimez le côté farfouille, on peut se trouver de très beaux objets à des prix plus raisonnables que dans le centre de Buenos Aires. Enfin, si on dénigre ce que l’on peut tout de même considérer comme une attraction touristique, et que l’on préfère plus de culture, plus de « véridique », plus de je ne sais quoi…. ? Autant décourager nos propres touristes quand ils visitent Montmartre ou qu’ils veulent s’encanailler à Pigalle.

 Portable : 06 78 96 15 21 Mail : thevenet1@mac.com